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LA VIE DE CABDURRAHMAN IBN CAWF

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1785 2014/05/24 2020/10/29

« Qu’Allah te bénisse dans ce que tu as donné et qu’Il te bénisse dans ce que tu as gardé »

[L’une des invocations du Messager (e) en sa faveur].


Il est l’un des huit premiers hommes à se convertir, l’un des dix promis au Paradis de leur vivant, l’un des six membres du conseil qui a statué pour la désignation du successeur de cUmar, et l’un des rares à émettre des fatwas à Médine alors que le Messager d’Allah (e) était encore vivant.

 


Avant l’Islam, il s’appellait cAbdu-cAmr et lorsqu’il se convertit, le Messager (e) le prénomma cAbdurrahmân.


Je vous présente cAbdurrahmân Ibn cAwf - qu’Allah l’agrée et le satisfasse.

cAbdurrahmân se convertit avant que le noble Messager (e) n’entrât à Dâr Al-Arqam[1], et ce, seulement deux jours après la conversion d’Abu Bakr le véridique (h). Il endura dans la cause d’Allah les mêmes supplices que ceux que les premiers musulmans subirent. Mais il patienta comme ils patientèrent, il resta ferme comme eux, et fut véridique comme ils le furent. Et comme beaucoup d’entre eux, il fuit pour sa religion en Abyssinie.

 


Puis, quand le Messager (e) et ses compagnons furent autorisés à émigrer à Médine, il fut parmi les tous premiers à prendre la route de l’exil, pour Allah (b) et Son Messager (e).

 


Ensuite, quand, une fois arrivé à Médine, le Messager (e) fraternisa entre les Emigrés et les Auxiliaires (Ansârs), il lui attribua Sacd Ibn Rabîc Al-Ansârî[2] (h). Celui-ci dit alors à son frère cAbdurrahmân :

 


- « Petit frère, je suis le plus riche de Médine. J’ai deux vergers ainsi que deux femmes. Regarde lequel de mes vergers te plaît le plus que je te le cède, et regarde laquelle de mes deux femmes te plaît que je la répudie pour toi ».

 


- « Qu’Allah te bénisse dans ta famille et dans tes biens » rétorqua cAbdurrahmân à son frère auxiliaire. « Indique-moi juste le marché... »


 

- « Et bien cAbdurrahmân » ? »

-  « Je me suis marié.» lui dit cAbdurrahmân.

- « Et qu’as-tu donné en dot à ta femme ? » demanda le Prophète (e).

- « Le poids d’un noyau en or » répondit cAbdurrahmân.

- « Fais un repas de noce, ne serait-ce qu’avec une brebis »,  lui dit le Messager : « Qu’Allah te bénisse dans tes biens ».


- cAbdurrahmân dit : « Les richesses de ce bas-monde vinrent alors à moi au point que je pensais que si je soulevais une pierre, je trouverais de l’or ou de l’argent en-dessous ! »

 


 

Le jour de Badr, cAbdurrahmân combattit pour Allah (b) de toutes ses forces. Il anéantit, entre autres, l’ennemi d’Allah cUmayr Ibn cUthmân Ibn Kacb.


Le jour d’Uhud, il resta ferme quand les pieds tremblèrent et fédéra les autres lorsque les pauvres musulmans vaincus s’enfuirent. Il sortira finalement de la bataille avec une vingtaine de blessures dont certaines étaient tellement profondes qu’un homme pouvait y mettre sa main.


Cependant, le Jihâd de cAbdurrahmân avec sa personne fut bien peu de choses, en fin de compte, comparé à celui qu’il a fait avec ses biens. Un jour, le Messager d’Allah (e) voulut rassembler une armée. Il se tint alors debout parmi ses compagnons et leur dit :


- « Faites l’aumône car je veux monter une expédition. »

cAbdurrahmân se précipita alors chez lui et revint aussitôt.


- « Messager d’Allah ! » dit-il, « je possède quatre mille dinars. Deux mille que je prête à mon Seigneur et deux mille que je laisse à ma famille ». Le Messager (e) lui dit alors :

- « Qu’Allah te bénisse pour ce que tu as donné et qu’il te bénisse pour ce que tu as gardé ».

 


 

Lorsque le Messager (e) prit la décision de mener la guerre de Tabûk[3] - ce qui fut sa dernière expédition -, le besoin d’argent était, ce jour-là, aussi crucial que le besoin d’hommes. En effet, l’armée byzantine était nombreuse et bien équipée alors qu’à Médine, c’était une année de disette. Le voyage était long, les provisions rares et les montures encore plus. Elles étaient tellement rares, qu’un groupe de Musulmans vinrent le cœur serré au Messager (e) lui demander de les emmener avec lui pour l’expédition. Malheureusement, ce dernier les renvoya car il ne trouva pas de monture pour eux. Ils repartirent donc les yeux pleins de larmes de ne rien trouver à dépenser pour pouvoir faire la guerre. Ils seront surnommés les pleureurs et on surnommera cette armée « l’armée de la difficulté ».

 


A ce moment, le Messager (e) ordonna à ses compagnons de dépenser dans le chemin d’Allah en espérant la récompense auprès d’Allah (c). Les Musulmans s’empressèrent de répondre à la demande du Messager (m). Et parmi les premiers à donner : cAbdurrahmân Ibn cAwf évidemment, qui donna deux cents Ûqiyah[4] d’or. Voyant cela, cUmar (h) dit :

 


- « Je pense que cAbdurrahmân commet un péché. Il n’a rien laissé à sa famille ».

- « cAbdurrahmân » dit le Messager : « As-tu laissé quelque chose à ta famille » ?

- «  Oui » répondit-il : « Je leur ai laissé plus que ce que n’ai dépensé et mieux encore ».

- « Combien ? » demanda le Messager.

- « Ce qu’Allah et son Messager ont promis comme subsistance, comme bien et comme récompense », répondit cAbdurrahmân.

 


 

Puis l’armée partit pour Tabûk. Là-bas, Allah (c) honora cAbdurrahmân d’une chose par laquelle Il n’honora personne parmi les Musulmans. L’heure de la prière était venue et le Messager d’Allah (e) était absent. cAbdurrahmân guida donc les Musulmans dans la prière et à peine le premier cycle de prière fut-il achevé, que le Messager (e) rejoignit les fidèles et suivit cAbdurrahmân dans la prière.


Rendez-vous compte, existe-t-il plus grand honneur et mérite pour quelqu’un que de guider la prière en ayant derrière lui la meilleure des créatures, l’imam des Prophètes : Muhammad Ibn cAbdillah (e) ?

 


Et quand le Messager (e) rejoignit son Seigneur (c), cAbdurrahmân prit en charge les Mères des croyants, les épouses du Messager. Il répondait à leur besoins, les accompagnait lorsqu’elles sortaient, allait avec elles au Pèlerinage et habillait leurs palanquins de tissus (pour les distinguer) et les emmenait dans les endroits qui leur plaisaient. C’est un des hauts faits d’cAbdurrahmân et il peut se vanter et être fier de la confiance des Mères des Croyants à son égard.


La bonté dont faisait preuve cAbdurrahmân à l’égard d’elles atteignit un tel point qu’un jour, il vendit une de ses terres pour quarante mille dinars qu’il partagea entre les Banû Zuhrah[5], les pauvres musulmans et émigrés, et les femmes du Prophète (e). Quand parvint à cÂïshah (i) la part de l’argent qui lui était réservé, elle dit :


- « Qui a envoyé cet argent ? ».

- « cAbdurrahmân Ibn cAwf.» lui répondit-on.

- Elle dit alors : « Le Messager d’Allah (e) a dit : seuls les patients prendront soin de vous après moi. »

 

 

L’invocation du Prophète (e) dans laquelle il invoquait la bénédiction pour les biens de cAbdurrahmân n’a cessé de le couvrir jusqu’à la fin de ses jours au point qu’il devienne le plus riche et fortuné des compagnons. En effet, son commerce se mit à se développer et à prospérer. Ses caravanes faisaient le va-et-vient partant de Médine avec le surplus de leurs productions et revenaient en apportant à ses habitants l’orge, le blé, l’huile, les vêtements, les ustensiles, le parfum et tout ce dont ils avaient besoin.


Un jour, la caravane de cAbdurrahmân composée de sept cents montures, arriva à Médine. Oui, sept cents montures qui transportaient sur leurs dos de la nourriture, de la marchandise et tout ce dont les gens avaient besoin. A peine était-elle rentrée dans Médine que la terre trembla et on entendit un fracas et un vacarme.


- « Quelle est cette secousse ? » demanda cÂïshah (i).

- « La caravane de cAbdurrahmân. » lui répondit-on. « Sept cents chamelles transportant du blé de l’orge et de la nourriture ».


- Elle ajouta : « Qu’Allah le bénisse dans ce qu’Il lui a donné dans ce bas-monde. Et la récompense de l’au-delà est plus grande. J’ai certes entendu le Messager d’Allah dire : « cAbdurrahmân Ibn cAwf entrera au Paradis en rampant ».


Et avant même que les chamelles ne se couchent, on transmit à cAbdurrahmân la parole de la Mère des Croyants (i) et on lui fit la bonne annonce du Paradis. A peine eut-il entendu cette bonne nouvelle qu’il courut à toute allure chez cÂïshah et lui dit :

- « Mère, tu as vraiment entendu cela du Messager d’Allah ? ».

- « Oui » dit-elle.


- Il sauta alors de joie et déclara : « Si je pouvais, j’y entrerais debout. Je te prends à témoin Mère que la totalité de cette caravane avec tout ce qu’elle comporte comme selles et doublures est dans le sentier d’Allah ».

 

 

Et depuis ce jour légendaire et fabuleux lors duquel cAbdurrahmân fut averti de son entrée au Paradis, son engouement à donner de ses biens ne fit qu’augmenter.


Il se mit à dépenser de ses deux mains, droite et gauche, secrètement et publiquement. Il fit don de quarante mille dirhams d’argent puis fit suivre cela de quarante mille dirhams d’or. Puis il fit don de deux cents Ûqiyah d’or puis il équipa des combattants sur le sentier d’Allah avec cinq cents chevaux puis mille cinq cents autres avec leurs montures.


Et quand la mort d’cAbdurrahmân approcha, il affranchit un grand nombre de ses esclaves. Il fit un testament à tout survivant de Badr leur léguant quarante mille dinars or. Ils les prirent tous, alors que leur nombre était de cents. Il fit également un testament à chacune des épouses du Messager leur léguant une part généreuse de biens au point que la Mère des Croyants cÂïshah (i) faisait beaucoup d’invocations pour lui et disait :

 


- « Qu’Allah l’abreuve de l’eau de Salsabîl ».

Puis après tous ces dons, il laissa quand même à ses héritiers des biens quasi innombrables, parmi lesquels mille chameaux, cent chevaux et trois mille brebis. Il avait quatre femmes, et le trente-deuxième imparti à chacune d’entre elles, atteignait vingt mille. Il laissa tellement d’or et d’argent à partager entre ses héritiers que les mains des hommes furent marquées en le cassant pour le partager.


Tout ceci grâce à l’invocation du Messager d’Allah (m) afin qu’il soit béni dans ses biens.

Cependant, tous ces biens ne furent pas une tentation pour cAbdurrahmân ni ne le firent changer. En effet, quand les gens le voyaient avec ses esclaves, ils ne faisaient pas la différence entre eux et lui.

 


Un jour qu’il jeûnait, on lui apporta de quoi rompre son jeûne. Il  contempla la nourriture et dit : « Muscab Ibn cUmayr a été tué et il était meilleur que moi. On n’a trouvé pour le couvrir, qu’un linceul qui, si on lui couvrait la tête, laissait ses pieds apparaître et si on lui couvrait les pieds avec, sa tête se découvrait. « Puis Allah (b) a étendu pour nous de ce bas-monde ce qu’Il a étendu et je crains que notre récompense nous ait été avancée ». Puis il se mit à pleurer et à sangloter jusqu’à ce que le repas se gâte.


Heureux soit cAbdurrahmân Ibn cAwf et mille béatitudes. En effet, le véridique que l’on croit sur parole, Muhammad (e), lui a annoncé le Paradis.


L’oncle maternel du Messager, Sacd Ibn Abî Waqqâs (h) a porté son corps à sa dernière demeure. L’homme aux deux lumières, cUthmân Ibn cAffân (h) a dirigé la prière mortuaire sur lui. Et le Prince des Croyants au visage anobli, cAlî Ibn Abî Tâlib (h) a suivi son cortège funèbre en disant :

« Pars, tu as atteint la pureté du Paradis, et as quitté cette vie, qu’Allah te fasse miséricorde ».

 

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[1] C’est une maison de la Mecque où le Messager d’Allah (e) appelait les gens à l’Islam en secret au tout début. Elle appartenait et était mise à disposition par Al-Arqam Ibn cAbdi-Manâf Al-Makhzûmî afin de propager l’Islam à l’abri de la brutalité des Qurayshites. On l’appelait également « La maison de l’Islam ».

[2] Il est Sacd Ibn Rabîc Ibn cAmr Ibn Abî Zuhayr Ibn Mâlik Al-Ansârî Al-Khazrajî. Un noble compagnon, l’un des leaders. Il tomba en martyr le jour d’Uhud.

 

[3] Ville de la péninsule arabique, frontalière de l’Assyrie appartenant à l’époque aux Byzantins. De nos jours, elle se trouve au Nord royaume d’Arabie Saoudite.

 

[4] NdR : unité de poids répandue à cette époque chez les Arabes qui vaut 40 Dirhams, ce qui équivaut à 201 grammes en or selon la majorité des savants de l’Islam.

[5] Clan d’Âminah Bint Wahb, la mère du Messager (e).

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